Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
Elles tournent leurs yeux vers l'horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.
Les unes, coeurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l'amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux(1);
D'autres, comme des soeurs, marchent lentes et graves
A travers les rochets pleins d'apparitions,
Où saint Antoine(2) a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations;
Il en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux autres païens
T'apellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
Ô Bacchus, endormeus des remords anciens !
Et d'autres, dont la gorge aime les scapulaires(3),
Qui recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L'écume du plaisir aux larmes des tourments.
Ô vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits comtempteurs,
Chercheuses d'infini, dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,
Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Paucres soeurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d'amour dont vos grands coeurs sont pleins !
(1) Pour y graver leurs noms.
(2) Patriarche des cénobites, il vécut de 250 à 356. Retiré au désert, il y lutta contre les démons qui l'incitaient à la révolte et à l'impudicité.
(3)Pièce d'étoffe que les religieux portent sur l'épaule.PS: j'ai pris la photo qu'une amie m'a envoyer d'elle et sa femme, jaimerai que personne ne la pique s'il vous plais! merci beaucoup !